Le château de Blois

Publié le par VERONIQUE COULIBALY

L'histoire du château de Blois est indissociable de celle de la ville au fil des âges. En effet, ceux qui détenaient les moyens financiers de permettre à la bourgade de grandir, à la cité de prospérer et de devenir le chef-lieu du département du Loir-et-Cher étaient les mêmes qui se rêvaient dominants au sein d'un édifice conçu à l'image de leur prestige réel ou supposé. Au gré des Comtes de Blois, des Ducs d'Orléans et des Rois de France, la bâtisse s'est affirmée, s'est fortifiée, s'est embellie. Chacun désirant laisser l'empreinte de son passage, s'installer dans un confort personnalisé, la demeure a  subi des évolutions voire des transformations parfois radicales et même des rénovations mais n'a jamais cessé de briller. Pari gagné pour ces amoureux de Blois, ces puissants qui souhaitaient passer à la postérité car la démagogie de leurs désirs attirent encore aujourd'hui des milliers de regards émerveillés, car leur folle envie a résisté aux outrages du temps. Mille ans d'histoire trônent fièrement au-dessus de la ville.

Décrire ce millénaire c'est réécrire celui de Blois qui a déjà fait l'objet d'un article donc superflu. En conséquence j'ai préféré m'attacher à l'architecture seule de l'oeuvre et, pour ce, au lieu de paraphraser l'excellent sujet offert sur le site officiel du château et rédigé par des experts en la matière, j'ai opté pour retranscrire cet article dans son intégralité.


Architecture

Un décor royal florilège de l’art de bâtir

Pendant plus de quatre siècles, reines et rois ont fait du château royal de Blois un trésor de l’architecture française. Autour de la cour s’ordonnent quatre bâtiments qui témoignent de quatre grandes époques.


Au nord-est, la salle des Etats généraux est ainsi la plus grande salle civile gothique du début du XIIIe siècle visible en France. En 2007, la réouverture au public de la Salle des Etats a marqué l’achèvement du plus ambitieux programme de restauration de décors muraux peints en Europe (avec près de 8000 m2) !

A l’est, l’aile Louis XII, bâtie en brique et pierre dans le style gothique flamboyant entre 1498 et 1501, occupée par le musée des Beaux-Arts et prolongée au sud par une galerie et la chapelle Saint-Calais (1508). On y décèle les premiers signes de l’influence italienne.

Au nord, l’aile François Ier, avec le célèbre escalier monumental, chef d’œuvre de la Renaissance (1515-1519), abrite les Appartements royaux richement meublés de François Ier, Henri III et Catherine de Médicis. Elle illustre de façon monumentale la rencontre entre la tradition française et l’influence italienne.

Enfin, à l’ouest, l’aile de style classique a été édifiée par François Mansart pour le duc Gaston d’Orléans de 1635 à 1638. Chef d’œuvre de l’architecture classique, la cage d’escalier est une éblouissante création à coupoles emboîtées.

En pénétrant dans les salles, on est frappé par l’ambiance colorée restituée par Félix Duban au XIXe siècle, de 1845 à 1870. Après la récente campagne de restauration, cette vaste salle et les décors des Appartements royaux de l’aile François Ier ont retrouvé tout leur éclat d’origine.

 

Le château de Blois au Moyen Age

Une forteresse sur un promontoire rocheux

Des vestiges de fortifications, la tour du Foix et surtout la grande salle seigneuriale, dite salle des Etats, témoignent encore des aménagements apportés au XIIIe siècle à la forteresse des comtes de Blois qui précéda la construction du château royal.

 

 

Les fouilles archéologiques et les textes attestent qu’un premier palais comtal, à la fois résidence seigneuriale, siège du pouvoir et forteresse, occupe dès le milieu du IXe siècle l’emplacement actuel du château de Blois, sur un promontoire dominant la ville et la Loire. Le site est consacré peu après par la fondation de la chapelle Saint-Calais, établie par les moines venus de ce bourg monastique (Sarthe) en apportant les reliques de leur saint fondateur.

A partir de l’an Mil, les comtes de la maison de Champagne érigent une grosse tour en pierre et de nouveaux bâtiments. Vers 1080, une charte montre le comte Thibault III rendant la justice « dans la forteresse de Blois, dans la cour, derrière le palais, près de la tour, au parterre situé entre les chambres à feu du palais ». Le poète Baudri de Bourgueil décrit dans la chambre de la comtesse Adèle d’Angleterre, fille de Guillaume le Conquérant, une tenture semblable à la Tapisserie de Bayeux.

De nouveaux travaux d’agrandissement et d’embellissement sont réalisés au XIIIe siècle. En 1388, le château de Blois apparaît ainsi comme « beau et grand, fort et plantureux, un des [plus] beaux du royaume de France » aux yeux du chroniqueur Jean Froissart. A la fin de la guerre de Cent Ans, ses fortifications sont renforcées et mises en état de défense par les ducs d’Orléans, Louis Ier en 1404-1405, sa veuve Valentine Visconti 1408, puis leur fils Charles d’Orléans en 1433-1434.

De ces constructions médiévales, le château de Blois conserve plusieurs vestiges du début du XIIIe siècle, plus ou moins visibles. Ainsi, l’aile François Ier est édifiée à l’emplacement d’un logis médiéval dont elle conserve plusieurs murs, notamment l’épais mur d’enceinte auquel est adossée la façade des Loges. Deux tours sont encore visibles de l’extérieur : à l’est la « tour des Champs », la plus petite, flanque le pignon près de la salle des Etats ; à l’ouest, la tour Château-Renault est englobée dans le nouvel édifice qu’elle domine de son chemin de ronde et sa haute toiture. Au rez-de-chaussée de l’aile François Ier subsiste également une salle ronde qui témoigne d’une troisième tour, arasée.

Une construction médiévale plus accessible est la tour du Foix, qui dresse sa silhouette sur la terrasse sud-ouest et domine la Loire et le quartier qui lui a donné son nom. Ancienne tour d’angle de la forteresse médiévale, elle s’élève sur quatre niveaux, dont trois voûtés, chichement éclairés par des meurtrières en étrier. Le niveau inférieur, aujourd’hui en sous-sol, en formait autrefois le rez-de-chaussée avant le remblaiement de la terrasse au XVIIe siècle. A la même époque, la tour a été flanquée d’une tourelle d’escalier garnie de bardeaux de bois et la plate-forme sommée d’un édicule servant d’observatoire astronomique.

Le plus important legs du Moyen Age à Blois est la salle des Etats. Celle-ci tire son nom des Etats généraux qui s’y réunirent deux fois à le demande de Henri III en 1576 et 1588, mais il s’agit en fait de la « grande salle » du palais des comtes de Blois. Une analyse dendrochronologique récente de la charpente (datation par l’étude des cernes de croissance des bois) vient de la dater précisément de 1214. Elle a donc été bâtie par Thibaut VI, dernier comte de Blois issu de la maison de Champagne, qui a aussi largement contribué à la construction de la cathédrale de Chartres.

Mesurant près de trente mètres sur dix-huit, la salle des Etats est l’une des plus grandes et des plus anciennes salles seigneuriales gothiques conservées en France. A Paris, la grande salle du palais de la Cité bâtie par Philippe le Bel a été édifiée un siècle plus tard et seule la Salle des pas perdus du palais ducal de Poitiers l’emporte en dimensions sur celle de Blois. Les deux amples vaisseaux couverts de berceaux lambrissés sont séparés par six arcades en arc brisé reçues par cinq colonnes couronnées de chapiteaux à crochets. Seule la petite fenêtre en ogive du pignon ouest est d’origine ; de grandes fenêtres à meneaux ont été percées au XVe siècle. Un bâtiment inachevé ajouté à l’est, vers la place, à la fin du XVIe siècle a été abattu en 1860 pour laisser place à l’actuel pignon néogothique.

La salle des Etats a en effet été restaurée par Félix Duban de 1861 à 1866 : c’est à lui que l’on doit les peintures des murs et les 6720 fleurs de lis peintes au lambris, la cheminée, l’escalier néogothique, les vitraux aux emblèmes de Louis XII et d’Anne de Bretagne, dus au peintre-verrier Paul-Charles Nicod, ainsi que le pavement en terre cuite polychrome du céramiste Jules Loebnitz. Les décors peints ont été restaurés en 2006-2007.

 


Le château de Louis XII et d'Anne de Bretagne

Un palais pour les réceptions royales

Bâtie pour le roi et Anne de Bretagne, l’aile Louis XII reste fidèle aux formes gothiques, mais témoigne d’un nouvel art de vivre et d’une attention nouvelle portée à la distribution intérieure inspirée de l’Italie. Elle abrite aujourd’hui le musée des Beaux-Arts de la ville de Blois.

 


C’est sans doute peu après son avènement au trône de France, en avril 1498, que Louis XII entreprend la reconstruction du château de Blois, sa résidence favorite où il est né trente-six ans plus tôt. En décembre 1498, on sait que « des maçons besognoient à Bloys ». Le chantier est rondement mené. A la fin de 1500, le chroniqueur Jean d’Auton observe que le logis est reconstruit « tout de neuf et tant somptueux que bien sembloit œuvre de roy ». Et en décembre 1501, le logis neuf est sans doute achevé puisqu’il est en état d’accueillir, dans un décor somptueux, l’archiduc d’Autriche Philippe le Beau et son épouse Jeanne de Castille, future Jeanne la Folle, sur la route qui les conduit de Bruxelles à Madrid.

D’autres travaux sont réalisés sous le règne de Louis XII et d’Anne de Bretagne. La chapelle Saint-Calais, également reconstruite, est consacrée en novembre 1508 par Antoine Dufour, évêque de Marseille et confesseur de la reine. Une galerie adossée à la chapelle permet alors de passer de l’aile neuve à un autre logis en fond de cour, probablement plus ancien, dont la façade est revêtue de briques et doté d’une terrasse dominant la cour. Ce bâtiment était connu sous le nom de « perche aux Bretons » parce qu’il aurait hébergé la garde et la maison de la reine.

On ignore le nom de l’architecte de l’aile Louis XII. Toutefois, lors d’une enquête conduite à Bourges en 1508, le maître-maçon Colin Biart se dit né à Amboise en 1460 et déclare être intervenu dans la construction de plusieurs châteaux : au Verger (Anjou), à Gaillon (Normandie), mais aussi à Blois. Il dirige aussi le chantier du pont Notre-Dame à Paris (1500) et celui de la cathédrale de Bourges (1508-1515). A Amboise, Colin Biart a rempli « la charge et conduicte du fait de la maçonnerie des ediffices » du château. Plus tard, sa mention comme « maistre maçon en la ville de Bloys » rend plausible de lui attribuer la construction de l’aile Louis XII.

Sur l’actuelle place du Château, autrefois avant-cour, l’aile Louis XII présente une longue façade en briques, rythmée par des travées de hautes fenêtres à meneaux couronnées de lucarnes aux armes et emblèmes des souverains (écus de France et monogramme L et A de Louis et Anne). Des balcons marquent les emplacements des chambres du roi et de la reine d’où les princes contemplaient les joutes et tournois organisés dans l’avant cour. L’aile prend appui à droite (côté nord) sur le robuste pignon de la grande salle du XIIIe siècle. Elle est percée d’un portail dominé par une niche où se voit la statue équestre de Louis XII chevauchant en armes un cheval marchant à l’amble (allure d’apparat, le cheval levant les deux jambes du même côté. Une réplique sculptée en 1857 remplace la statue originale détruite à la Révolution.

Côté cour, l’aile Louis XII présente un aspect plus ouvert. La façade paraît moins massive : elle s’ouvre en rez-de-chaussée par une galerie alternant piliers sculptés de candélabres et colonnes ornées des emblèmes royaux. Elle est cantonnée de part et d’autres par deux tours abritant des escaliers en vis. La tour carrée de gauche (côté nord) abrite l’escalier d’honneur et forme un vrai pavillon, flanqué d’une tourelle en encorbellement permettant d’accéder à la salle haute. Sur un panneau sculpté de la tour d’escalier (comme au-dessus de plusieurs portes et passages de l’aile) se voit un porc-épic couronné, choisi comme emblème par Louis XII pour sa capacité (légendaire !) à projet ses piquants au loin…

L’aile Louis XII concilie fidélité aux habitudes de construire françaises, de tradition gothique, et une apparition timide d’italianisme. La construction en brique et pierre est à la mode à la fin du XVe siècle, en France comme en Flandre ; l’édifice reste fidèle aux formes qui caractérisent l’architecture française depuis le XIVe siècle : décor gothique (culots sculptés encadrant les baies), tours d’escalier hors œuvre (escalier du Louvre), haute toiture d’ardoise percée de lucarnes élancées éclairant un comble habitable. L’italianisme d’inspiration Renaissance n’apparaît qu’à travers de menus détails de l’ornementation (candélabres sur les piliers, coquilles sous la corniche de l’escalier…), ou de façon plus significative dans l’importance des galeries, ouverte au rez-de-chaussée et fermées aux étages. Ces galeries permettent d’accéder aisément à chaque salle, sans être contraint de traverser toutes les salles selon l’usage français.

Si le rez-de-chaussée est aujourd’hui dévolu aux espaces d’accueil du public (billetterie et boutique), l’étage abrite le musée des Beaux-Arts. Ce dernier occupe ainsi les anciens appartements de Louis XII et Anne de Bretagne : autour d’une grande salle munie de deux cheminées s’organisaient de part et d’autres les chambres et les cabinets du roi et de la reine. Les grandes cheminées polychromes et richement sculptées des emblèmes royaux ont été recréées au XIXe siècle par Félix Duban qui s’est inspiré des emblèmes royaux peints dans le manuscrit des Grandes heures d’Anne de Bretagne.

La chapelle a été amputée de sa nef au XVIIe siècle ; la façade et le portail qui la ferment à l’ouest sont un pastiche créé par Félix Duban et Jules de la Morandière en 1870. L’intérieur est éclairé par de hautes fenêtres munies de vitraux à thèmes historiques créés par le maître-verrier Max Ingrand en 1957. La galerie qui la flanque a également été tronquée au XIXe siècle.

 


L'aile François Ier

Chef d’œuvre de la Renaissance

La façade sur cour de l’aile François Ier et surtout son escalier constituent à coup sûr la partie la plus célèbre du château de Blois. C’est d’ailleurs le premier chantier du roi bâtisseur. Le décor intérieur, revisité au XIXe siècle, fait revivre une histoire mouvementée.

 


Le 1er janvier 1515, François Ier succède à Louis XII ; il a épousé six mois plus tôt la jeune Claude de France, qui a été élevée à Blois et demeure très attachée au château de son enfance. Dès le mois de juin suivant, le roi nomme un trésorier « commis à tenir le compte et faire le payement des édifices du chastel de Bloys ». On suit les paiements du chantier jusqu’en septembre 1518. Il est probable que les travaux n’ont guère duré au-delà de cette date, ce que confirme la datation des charpentes, qui mettent en œuvre des bois coupés en 1516 et 1518 d’après l’analyse dendrochronologique (datation par les cernes de croissance du bois). Néanmoins, la charpente a encore été remaniée en 1535. Il est probable que le lancement de la construction de Chambord en 1519, puis la mort de Claude de France en 1524, expliquent ensuite la désaffection, d’ailleurs relative, du roi pour Blois.

Qui est l’architecte de cette partie du château ? Il est probable que François Ier, dont on connaît le goût pour l’art de bâtir, a donné des instructions précises. Mais qui a conduit le projet ? Durant ces années, l’architecte italien Dominique de Cortone, dit il Boccador (v. 1465-1549), disciple de Giuliano da Sangallo, habite à Blois de 1512 à 1530. Nommé « Architecteur du roi », il réalise en 1519 une maquette du projet de Chambord et est appelé à Paris en 1533 pour construire le nouvel hôtel de ville. Il a sans doute été consulté pour la construction de l’aile François Ier, dont la réalisation a été confiée au maître-maçon Jacques Sourdeau († v.1522). D’abord maçon à Amboise en 1495, celui-ci est présent à Blois depuis 1502. En 1516, la reine Claude lui donne un terrain pour bâtir sa maison et il est cité en 1518 comme « maître maçon de l’œuvre du chastel de Blois » avant d’être nommé à Chambord l’année suivante.

L’aile François Ier offre des aspects bien différents suivant qu’on la découvre depuis la rue, percée à l’emplacement des anciens jardins, ou depuis la cour. Côté cour, la silhouette de l’édifice reste fidèle à la tradition médiévale : un logis massif, couronné par une haute toiture percée de lucarnes et desservi par une puissante tour d’escalier polygonale. Ce parti traditionnel s’explique par le fait que François Ier a remployé les fondations et même les murs d’un logis médiéval, qu’il a sans doute agrandi, surélevé, et sur lequel il a plaqué une façade nouvelle.

C’est sur le décor de l’escalier et de cette façade que se concentrent les innovations. L’ornementation est d’inspiration italienne et caractéristique de la première Renaissance française : la façade est quadrillée d’un réseau de moulures horizontales et de pilastres (colonnes plates adossées au mur) encadrant les fenêtres. Le sommet du mur est couronné par une corniche massive (où des coquilles à l’antique voisinent avec des gargouilles très médiévales d’aspect) sur laquelle court une balustrade sculptée ; cette horizontalité rompt l’élan vertical conférée par les lucarnes, très hautes et sommées d’édicules à frontons dont les niches abritent des statues de putti (enfants nus d’inspiration antique).

L’escalier à vis de plan polygonal offre un contraste saisissant entre la massivité des puissants contreforts qui l’épaulent et la légèreté que lui confèrent les baies largement ouvertes en forme de loggias qui jalonnent la montée. Ces balcons participent d’une nouvelle mise en scène de la vie de cour, à la fois pour voir et être vu : ils permettaient aux courtisans, tantôt de voir depuis la cour le roi circuler dans l’escalier et tantôt de contempler depuis les balcons les festivités organisées dans la cour.

Façade et escaliers sont animés par la multiplication des emblèmes royaux, salamandres couronnées de François Ier et monogramme F et C du roi et de la reine. Nul souci de symétrie dans cette composition : les ouvertures sont percées selon les besoins de la distribution intérieure ; mais cette dissymétrie est accentuée par la destruction du quart ouest (à gauche) de l’aile, opérée au XVIIe siècle par Gaston d’Orléans : à l’origine, l’escalier occupait le centre de la façade.

Côté rue, ou plutôt côté jardins, car c’est là que s’étendaient de vastes jardins en terrasses aménagés par Louis XII et agrandis par François Ier, s’élève la façade des Loges. Celle-ci tire son nom des nombreux balcons qui s’ouvrent sur les salles. L’élévation s’inspire de la façade des loges édifiée par Bramante au palais du Vatican et revendique ainsi un modèle italien. Toutefois, il s’agit à Rome de véritables galeries de circulation alors que les loges de Blois sont des balcons sans communication entre eux. L’horizontalité empruntée à l’Italie est accentuée par l’aménagement d’un niveau d’attique, véritable galerie courant sous le toit, seulement scandée par des colonnes. En revanche, la haute lucarne centrale chargée de la salamandre royale reste très française. Aux étages inférieurs, les parapets des loges sont ornés des emblèmes du roi, de sa mère Louise de Savoie et de son épouse Claude. Sur les échauguettes, dont l’une abrite un oratoire, des reliefs illustrent les travaux d’Hercule.

L’aménagement intérieur de l’aile François Ier a été partiellement dicté par le choix de construire le nouvel édifice de part et d’autre du mur d’enceinte médiéval. Les salles côté cour occupent l’emprise d’un logis antérieur, alors que les galeries et les « chambres » qui ouvrent sur les loges ont été construites à l’extérieur du rempart. Le décor intérieur des Appartements royaux, qui occupent le premier et le deuxième étage, a été entièrement recréé par Félix Duban au XIXe siècle. Néanmoins, dans la salle du roi, subsistent deux cheminées ornées et une porte dont le décor sculpté est pour une large part d’origine. En outre, le cabinet dit de la Reine, qui s’avère être en réalité le cabinet ou studiolo (lieu d’étude) de François Ier aménagé pour le roi dès la construction du bâtiment, conserve ses boiseries sculptées de candélabres peints et dorés, qui en font le seul cabinet royal de la Renaissance conservé en France.

 


L'aile classique

Le grand projet de Gaston d’Orléans et de François Mansart

Après le projet de Henri IV, jamais réalisé, et les quelques aménagements effectués pendant l’exil de Marie de Médicis entre 1616 et 1619 - notamment la grande terrasse bastionnée entre les tours de Châteaurenault et du Foix -, c’est Gaston d’Orléans qui est à l’origine des importantes transformations que connaît le château au XVIIe siècle.

 


Héritier du trône en rebellion plus ou moins ouverte contre son frère, le Roi Louis XIII, et le cardinal de Richelieu, Gaston d’Orléans reçoit Blois en apanage en 1626 et y réside à partir de 1634. Pour le distraire, "on lui avait mis en tête d’abattre le château et d’en faire un tout neuf", écrit dans ses Mémoires son secrétaire Nicolas Goulas.

Gaston choisit l’architecte parisien François Mansart (1598-1666), inventeur des châteaux de Berny et Balleroy, qui vient tout juste de terminer l’église de la Visitation à Paris.

Le corps de logis neuf, construit en fond de cour à la place des bâtiments qui avaient abrité les souverains récemment venus à Blois, est entrepris en 1635 et laissé inachevé en 1638. Il a été envisagé, sans doute dés le début des travaux, de l’intégrer dans un vaste projet qui devait conduire à la destruction des ailes édifiées par Louis XII et François Ier. Il semble que Gaston, éloigné du trône par la naissance du Dauphin Louis, préfère dès lors concentrer ses moyens financiers sur Chambord.

Lors de son retour définitif à Blois vers 1652 -1653, après l’échec de la Fronde, Gaston installe ses appartements dans l’aile François Ier plutôt que de relancer le chantier du logis neuf qui reste une coquille vide jusqu’à la transformation du château en caserne au début du XIXe siècle. Il y meurt le 2 février 1660.

L’aile Gaston d’Orléans est un manifeste du classicisme français en architecture : pavillon central et ailes en retour, traitement plastique des murs subtil et sobre, élévation à trois niveaux d’ordres, superposition de deux frontons - triangulaire et en plein cintre - accentuant l’effet de verticalité. Le contrepoint stylistique qu’elle offre au regard du visiteur à côté des ailes François Ier et Louis XII a suscité les réactions les plus diverses : si Félibien vers 1680 regrette l’inachèvement du projet de Mansart, Flaubert y voit en 1847 "un corps de logis au goût sobre qui est le goût pauvre".

Le morceau de bravoure est à découvrir à l’intérieur : une voûte en arc-de-cloître ornée de compartiments sculptés de trophées à l’antique, de masques maniéristes et de guirlandes de feuillage, elle-même surmontée d’une coupole sur trompes abondamment éclairée par les fenêtres percées à l’étage supérieur. Ce somptueux décor est attribué à l’atelier des sculpteurs Simon Guillain et Michel Anguier.

 

 

 

Les très beaux clichés affichés dans cet article sont de
Véronique Coulibaly et Sarah Giraudier


 

Publié dans TOURISME

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Stéphane 01/10/2010 09:41



Un très bel article sur ce château, dont je fais en ce moment la visite guidée sur mon blog