Les Rendez-vous de l'Histoire 2009 - Programmation 2009

Publié le par VERONIQUE COULIBALY


1. Présentation du thème : Le corps dans tous ses états

 

Trois historiens et membres du Conseil scientifique des Rendez-vous de l'histoire 2009, Jean-Noël Jeanneney, président du Conseil scientifique des Rendez-vous de l'histoire, Pascal Ory, professeur à l'université de Paris I Panthéon - Sorbonne, et Georges Vigarello, directeur d'études à l'EHESS, présentent le thème de l'édition 2009: le corps.

 

Jean-Noël Jeanneney - président du Conseil scientifique des Rendez-vous de l'histoire


Que les champs de l'Histoire se soient grandement élargis depuis un demi-siècle, tous les fidèles de Blois en ont conscience, eux qui viennent chaque année y humer les parfums inédits de territoires longtemps inexplorés. Mais ceux qui furent étudiants à la Sorbonne ou ailleurs dans les années 1960, je parle de ma génération, songeront avec un sourire à la stupéfaction que nos maîtres auraient éprouvée à nous voir choisir ce sujet-là, si loin de leur base...

C'est bien un signe de la vitalité de la discipline que nous chérissons qu'elle ait étendu de pareille façon ses élans, ses curiosités, ses savoir-faire. Parce que le tout de l'humanité nous concerne. Parce que ce thème spécifique est appréhendé désormais de toutes sortes de façons. Parce qu'il ouvre des perspectives vers des aspects multiformes de la vie de nos semblables, d'âge en âge, en face d'eux-mêmes et parmi les autres.

Il suffira, pour s'en convaincre, s'il en est besoin, de parcourir le programme profus de nos conférences, de nos débats, de nos présentations d'ouvrages. Tous ceux qui nous rejoignent à Blois pressentent en y arrivant la moisson qu'ils y feront durant ces quelques jours.

Ils y rencontreront la beauté et la laideur, telles que définies par les sensibilités et les canons des temps successifs, la nudité et la parure, la minceur et l'obésité, le quotidien des regards échangés, des admirations et des rejets, avec la prégnance des jugements esthétiques qui s'y logent.

Ils y salueront l'effort physique et cet univers des sports que Clio a considéré longtemps avec un peu de condescendance mais qu'à présent elle approche avec un intérêt vif, nourri de la certitude que s'y bousculent à la fois les passions les plus sublimes et les plus dérisoires et que les nations y puisent et y révèlent des sentiments puissants.

Ils y côtoieront la douleur qui, autant que le rire, est le propre de l'homme : le corps malade, avec les formidables progrès de la médecine et de chirurgie, mais aussi les multiples procédés de la magie thérapeutique et des antiques guérisons.

Ils y considéreront la souffrance physique, partant morale, que depuis la nuit des temps nos semblables s'imposent les uns aux autres, les blessures de la guerre, et la torture, cette barbarie absolue, la douleur infinie des corps martyrisés.

Ils y honoreront (beaucoup ? surtout ?) les dimensions de l'amour physique, ses représentations, ses rêves, le cortège infiniment inventif de ses fantasmes, de ses respects partagés, de ses tendresses et de ses débordements.

Ils y connaîtront enfin les arts qui fixent et promeuvent les corps, entre commisération et sublime, pour le plus splendide et pour le plus dérisoire, avec la responsabilité unique de nous arracher à la glaise.

J'ai écrit « enfin » : j'ai tort. Car je n'ai sûrement pas épuisé la profusion des curiosités qui vont tournoyer, ces jours-ci dans ces lieux sans pareils. Elles ne seront pas toutes assouvies ? Certes ! Mais au fond c'est aussi, nous l'avons compris depuis belle lurette, pourquoi nous sommes si nombreux à savoir que nous reviendrons longtemps à Blois.

 

Pascal Ory, Paris I - Panthéon Sorbonne :


Le corps est une idée neuve en histoire. Les historiens, qui, de fait, le rencontraient sans cesse sur tous leurs terrains, ne l'ont d'abord abordé qu'avec prudence, voire avec gêne, « à leur corps défendant ». Mais désormais le mouvement est lancé. Des objets jusque là abandonnés à l'anecdote ont été reconsidérés avec plus d'ambition, dans une perspective qui unit économie, politique, culture, sensibilités. Il est devenu légitime d'étudier historiquement la cuisine ou la mode, la sexualité ou le sport, et on le fait avec le même sérieux que pour n'importe quel autre objet. Du coup, le temps est venu des premières synthèses, comme, en 2005-2006, la publication de la première Histoire du corps en langue française -appelée à un grand succès international-.

En inscrivant « le corps dans tous ses états » à leur ordre du jour, les Rendez-vous de Blois ont tenu à rappeler qu'il y avait bien des manières de faire l'histoire du corps humain.

Le corps nourri (des pratiques alimentaires à la gastronomie) et le corps soigné (des pratiques de santé à la médecine professionnelle) posent les bases, où, au reste, le matériel s'unit au symbolique. Le corps désirant (de la sexualité à l'érotisme) et le corps enfantant (du contrôle des naissances à l'avortement) imposent leur présence, par delà toutes les censures. Mais le corps est aussi lieu d'expression, de la gestuelle à la parure (parfum, coiffure, bronzage, tatouage et autres piercings). Il oblige à se poser historiquement la question de la beauté -notion éminemment relative, dans le temps comme dans l'espace-, comme il amène à s'interroger sur la place forcément très différente qu'il peut occuper dans des sociétés dont le système religieux met ou non le corps en avant et en scène (y compris, dans le christianisme, celui du Fils de Dieu). La société se saisit du corps pour le mettre en mouvement réglé, dans la danse comme dans le sport -et, plus généralement, dans les projets d'« éducation physique » des peuples, depuis la plus haute antiquité. Mais elle sait aussi le mettre à l'épreuve des violences de l'espace domestique, du travail ou de la guerre. Enfin le corps, voilé ou dévoilé, souffrant ou glorieux, a été de tout temps objet de représentation artistique et, par là même, moyen d'influence sur les esprits.

Sans prétendre se lancer « à corps perdu » dans toutes les voies qui s'ouvrent aujourd'hui à la recherche et à la réflexion -d'autant plus qu'il faudra en permanence sortir le questionnement de l'aire géographique du seul Occident-, les Rendez-vous de Blois 2009 aideront le public des professionnels comme des amateurs à se saisir de cet objet neuf qui est pourtant, quand on y pense, « le plus vieux sujet du monde ».

 

Georges Vigarello, directeur de recherche à l'EHESS :


L'histoire du corps, c'est d'abord celle de la civilisation éminemment matérielle : modes de faire et de sentir, pratiques sanitaires, investissements techniques, confrontations aux éléments. Le champ est infini de ces expériences restituant les manières de bouger et d'éprouver, celles de manger et d'habiter, celles de travailler et de jouer, de jouir, de souffrir. Il s'agit de l' « homme en chair et en os », celui que la démarche historique tente de saisir dans ses instants et ses espaces les plus immédiats. Un vaste univers de culture peut alors émerger, renouant avec la densité des pratiques et des sensations oubliées.

Impossible pourtant d'ignorer les mécanismes donnant à ces expériences un sens plus profond : l'originalité du corps est aussi d'être à la croisée de l'enveloppe individuelle et de l'expérience collective, de la référence subjective et de la norme sociale. C'est bien parce qu'il est un « point frontière » que le corps est au coeur de la dynamique culturelle. Ce que les sciences sociales ont clairement illustré. Le corps y est à la fois réceptacle et acteur face à des règles communes bientôt enfouies, « incorporées ». D'où cette démarche historique restituant des codes très précis, lentement construits : manifestations physiques incarnant ce que l'individu dit de son groupe et de son milieu. Une société tout entière se vit et se singularise dans la culture des allures et des tenues, dans l'orchestration du sensible, dans les manières d'assister et de soigner, dans les gestes adressés aux autres ou à soi. Elle y installe les plus secrètes identités, y approfondit les plus pressantes sociabilités, y désigne les distinctions de genres et de statuts, les hiérarchisations. L'histoire du corps embrasse ici celle d'un monde et d'un temps toujours situés.

Encore faut-il rendre plus complexe cette notion même de corps, montrer le rôle qu'y jouent les représentations, les croyances, les effets de conscience. Au-delà de la sensation immédiate, au-delà des manières d'être et d'agir, le corps n'existerait pas sans un ensemble de repères intériorisés lui donnant sens et unité. Ses expériences se spécifient dans la parole et le discours. Elles font « système », se réfèrent à une rationalité plus ou moins avérée. Le « corps médiéval » par exemple, pensé selon un intime entremêlement avec les forces cosmiques n'est pas le « corps classique » pensé davantage selon une obéissance aux principe des mécaniques et des outils. De même que le « corps du XIXe siècle » pensé prioritairement selon le principe de l'énergie n'est pas le même que le « corps contemporain » pensé davantage selon le principe du codage et de l'information. Une autre histoire émerge ici centrée sur des pôles différents d'unité et de rationalité. Ces pôles donnent à cette histoire, plus que d'autres sans doute, sa véritable cohérence et sa légitimité.


2. Les personnalités

 

 

Parmi les personnalités pressenties, citons notamment:

 

Sylviane Agacinski, Fabrice d'Almeida, Jean-Pierre Azema, Claude Aziza, Georges Balandier, Antoine de Baecque, Jean-Luc Barré, Gilles Boëtsch, Pascal Boniface, Alain Cabantous, André Comte-Sponville, Alain Corbin, Joël Cornette, Arlette Farge, Antoinette Fouque, Françoise Héritier, Jean-Noël Jeanneney, Lionel Jospin, Jul, Claude Lanzmann, Henry Laurens, Bruno Laurioux, Claude Lelouch, Amin Maalouf, Adelwahab Meddeb, Mona Ozouf, Pascal Ory, Michelle Perrot, Pascal Picq, Marie-Claude Pietragalla, Daniel Roche, Maurice Sartre, Jean-Claude Schmitt, Georges Vigarello, Michel Winock...

 

Et tous les historiens qui feront l'actualité de la rentrée!

 


Publié dans LOISIRS

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