BLOIS, AUTREMENT : Episode 18

Publié le par VERONIQUE COULIBALY




Rien n’est plus réjouissant que de faire son marché par une matinée dominicale auréolée de soleil, quand l’air sent bon l’été mais que la chaleur n’a pas encore atteint des degrés insupportables. S’engouffrer dans les allées colorées et se laisser gagner par les senteurs qui s’évadent des divers étals.

Recevoir les effluves sucrées des fruits bien mûrs tel un retour en nos mémoires d’enfants lorsque Grand-Mère préparait ses délicieuses confitures et qu’elle autorisait que nous calmions notre gourmandise en trempant nos petits doigts dans les restes de la bassine en cuivre. Admirer les beaux légumes bien charnus, s’imaginer les bonnes potées ou les élégantes assiettes délicieusement fumantes après une cuisson à la vapeur. Plus loin c’est le vendeur de volailles qui inondent nos narines de l’alléchante odeur de ses volatiles rôtis puis l’artisan boulanger dont les pains sont si séduisants que l’on regretterait presque de les entamer. Chez le boucher, ce sont de sublimes morceaux de viande d’un rouge appétissant qui pendent tels des trophées de chasse fièrement affichés ainsi que de généreuses brochettes qui, rien que du regard, attisent les faims. A proximité nombreux sont ceux qui ont leurs habitudes chez la fromagère. Ces fabrications à base de lait de chèvre disposent d’une savoureuse réputation. Sa renommée n’est plus à faire et c’est fort rapidement qu’elle est dévalisée de tous ses produits.

 


Enivrés par tant d’arômes flatteurs, l’estomac criant déjà famine, il est pourtant agréable de poursuivre un circuit certes moins friand mais tout aussi agréable. Ici et là quelques étalages aux connotations exotiques, les fidèles marchands d’articles religieux, les vendeurs de tapis et d’articles de literie, les multiples revendeurs de vêtements au style typique des marchés, les camelots et leur vaste choix de babioles les plus diverses et inattendues.

 


Au-delà des parfums et des couleurs, des goûts et des matières, aborder le marché de la place Lorjou c’est aller à la rencontre d’un extraordinaire métissage humain, social et culturel. En un espace somme toute restreint se côtoient dans la bonne humeur des êtres issus des horizons les plus variés. Les conversations sont ponctuées d’éclats de voix chaleureux, de rires sincères et de retrouvailles accueillantes. Des petits groupes se forment au détour d’un stand de pâtisseries orientales ou du comptoir d’un primeur. Les hommes polémiquent sur des sujets d’actualité tandis que les femmes préfèrent s’échanger des recettes ou s’organiser pour la garde de leurs enfants respectifs. C’est ainsi l’opportunité d’admirer les magnifiques tenues chamarrées des Africaines. L’originalité et l’élégance de leurs toilettes réalisées dans des tissus aux reflets chatoyants célèbrent avantageusement les courbes de leurs silhouettes. Inévitablement notre attention est attirée par les splendides bambins potelés qu’elles promènent en poussette ou qu’elles transportent dans des pagnes africains qui laissent rêveuses les mamans occidentales tant les bébés sont calmes lorsqu’ils sont ainsi promenés.

 


Sans partir à l’autre bout de la terre, une telle promenade dépayse véritablement l’individu, évade l’esprit stressé qui peut s’octroyer une flânerie nonchalante et conviviale au gré des marchands et profiter de cet instant privilégié pour entamer une causerie inhabituelle avec son voisinage ou des connaissances retrouvées. Fréquenter les marchés c’est lutter pour la survie d’un commerce ancestral, c’est assurer la pérennité de modestes vendeurs locaux bien malmenés par la concurrence de la grande distribution et des discounts qui éclosent dans tous les secteurs. Allier l’utile à l’agréable pour que cette tradition engendre en nous, pour longtemps encore, des souvenirs tellement particuliers que l’on a envie de les coucher noir sur blanc.

 


Clichés Sarah Giraudier


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