BLOIS, AUTREMENT : Episode 22

Publié le par VERONIQUE COULIBALY






Petit point sombre au milieu d’une vaste étendue de bulles de lumière, scintillants reflets de l’onde dans le jour naissant, le pêcheur s’isole ainsi de la ville toute proche et de ses contraintes bruyantes. Seule une petite barque, délaissée non loin, le rattache encore à ses racines citadines. Les pieds ancrés dans le sable du fleuve, il élude les luttes ordinaires pour affronter un élément bien plus capricieux, la nature. Se confondre parfaitement avec le milieu pendant des heures, se condamner au silence absolu, scruter le moindre mouvement frémissant dans la fuite tumultueuse du cours royal, puis réaliser le lancer idéal afin de remporter une victoire symbolique.

Tout banal qu’il puisse paraître, ce combat est un dépassement de soi car, dans une solitude imposée, sans un bruit, sans un cri, l’homme, tout puissant dans sa stature imposante, dans sa posture dominante, hors de son domaine d’évolution habituel, doit prouver qu’il est capable de vaincre sur leur propre terrain d’origine des créatures évoluant là depuis des siècles.

Perdu dans l’immensité d’un courant puissant, tandis qu’alentour ne règne que béton, ruelles et avenues, éclairages artificiels et ronronnements de moteurs, dans la fraîcheur du matin, le pêcheur, contrairement à ses congénères qui se prélassent sous les draps, s’évade de cet univers bassement pratique pour se confronter à une réalité autrement plus vraie. Ponctuellement s’intégrer dans l’authentique de la vie, chercher via sa passion à effacer les stigmates d’une société de plus en plus lourde à supporter, faire corps et âme avec l’essentiel.

L’œil du photographe a voulu ainsi immortaliser la quête perpétuelle de l’homme sur l’unique système qui lui échappe, la nature.

 

Cliché Véronique Coulibaly

 

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