Quartiers Proximité - Les correspondants de nuit

Publié le par VERONIQUE COULIBALY



Les correspondants de nuit

L’insécurité étant avec le chômage l’un des soucis majeur de tout à chacun, résidant de surcroît à Blois dont la ZUP est une des plus importante de France (environ 18 000 habitants sur les 50 000 de l’agglomération), j’ai eu envie d’aller à la rencontre de ceux qui travaillent pour notre bien-être communautaire. Pour ce, j’ai sollicité en premier lieu une rencontre avec l’association « Quartiers Proximité », sise au 122B rue Michel Bégon. C’est avec une extrême gentillesse et énormément de disponibilité que Monsieur Jean-Luc MIRQ, directeur de l’association depuis 2003, m’a accordé une heure de son temps, Lundi 14 Septembre, au sein de ses locaux.


Pour mémoire, je me permettrais de rappeler que l’association « Quartiers Proximité » a été fondée en 1999 sur sollicitation de l’équipe de Monsieur Jack LANG, alors maire de Blois, en concertation avec le Préfet FAUGERE.

Monsieur GRICOURT en a été, par ailleurs, Président jusqu’en 2001.


« Quartiers Proximité » a été créée afin de « rétablir un sentiment de tranquillité et de confiance et de reconstruire le lien social dans les quartiers Nord, notamment à l’écoute des populations en difficulté ».

En cette fin des années 90, particulièrement sur le quartier Croix Chevalier, il y avait la présence de zones de « non Droit », de bandes organisées, de conflits de voisinage, de rivalités entre groupes : il était urgent d’agir.


L’équipe de CDN a compté jusqu’à 16 salariés pour se stabiliser aujourd’hui à 10 membres :

8 CDN, 2 Coordinateurs.

Depuis 2003, l’association gère l’activité du bar associatif du lac de la Pinçonnière. Trois salariés, encadrés par l’assistante, Madame Sabine CAILLE, y sont présents de fin janvier à fin décembre.

Monsieur MIRQ, le Directeur, et son assistante assurent la continuité de l’activité en journée (relations avec les partenaires…) et la gestion de la structure.

Les CDN (Appelés aussi « les jaunes », les « blousons jaunes »), travaillent toujours par binômes. Ils embauchent dès 16h30 (15h00 pour les coordinateurs) et sont sur le terrain, depuis une année, afin d’assurer à 16h40 la sortie du collège Bégon puis à 17h00 celle du collège Rabelais.

Ces deux missions récentes ont été  mises en place suite à des craintes légitimes éprouvées lors des fins de classe qui étaient le théâtre de scènes parfois houleuses, voire de bagarres et d’un sentiment d’insécurité de certains élèves, de 6ème  notamment attendant leur bus.

Les principaux des collèges ont dernièrement et officiellement exprimé l’efficacité du dispositif : après 17h00, la présence des correspondants de nuit a apaisé la situation, aucun acte fâcheux n’est à déplorer et les collégiens ne s’attardent plus à la sortie.


Financée par un contrat urbain de cohésion sociale (CUCS), la mairie de Blois, les bailleurs sociaux et des emplois aidés d’Etat (Adultes Relais) l’association intervient sur la ZUP et parfois sur Cabochon et les Cornillettes.

C’est l’agence pour la cohésion sociale et l’égalité des chances (ACSé) qui pilote la médiation sociale et attribue les subventions dans le cadre du CUCS et les emplois aidés « Adultes Relais » dont bénéficie Quartiers Proximité.


Au-delà des données purement administratives et légales, je souhaiterais, avant tout, insister sur le rôle crucial de « Quartiers Proximité » au sein de notre cité.

Les correspondants de nuit, dont nous apprécions tous la présence, sont d’abord des médiateurs sociaux qui interviennent non pas pour assurer notre sécurité, ce qui est du domaine des forces de l’ordre, mais en amont pour préserver notre tranquillité.

L’association se voit répondre à certaines demandes spécifiques comme l’accompagnement des clients dans les pharmacies de garde de nuit sur les quartiers Nord.

En effet, les correspondants, via une professionnalisation pointue et toujours améliorée, une connaissance minutieuse du terrain, une mise en confiance de longue haleine, une parfaite maîtrise des codes de la communication, une disponibilité méticuleuse, se donnent pour mission d’entretenir le lien social de toute la collectivité et non de réprimander la délinquance. Leur objectif est d’agir avant que ne survienne le pire, en utilisant le dialogue comme unique parade.

Ils sont des acteurs indispensables de la cohésion sociale.


Malheureusement, suis-je tentée d’écrire, en dépit parfois de demandes spécifiques, leur position est fort délicate car ils ne bénéficient d’aucun pouvoir légal en matière de lutte contre la délinquance ; ils ne sont pas habilités à intervenir physiquement pour réprimander un quelconque acte de violence, insultes…envers un tiers ou… à leur encontre.

Contrairement aux gardiens d’immeuble, par exemple,  qui sont reconnus comme « personnes chargées de mission de service public » les correspondants de nuit ne disposent pas de cette protection juridique spécifique malgré un recours près de la Cour d’Appel d’Orléans début 2009.

Comme tout citoyen, ils peuvent déposer plainte concernant des exactions à leur encontre, ce qui malheureusement leur arrive parfois.

Pour ma part, je considère que les textes seraient à réviser en tenant compte des situations particulières auxquelles sont parfois exposés les correspondants de nuit.


De par leur rôle, les correspondants de nuit sont, désormais, des éléments essentiels dans la cohésion sociale des quartiers car ils sont professionnellement aptes à tisser du lien social important permettant de révéler des détresses, des situations précaires, d’apporter des soutiens conséquents aux personnes âgées, impotentes ou isolées au milieu d’un univers qui les effraye parfois, de fournir des informations indispensables sur des individus sans abri, des jeunes en échec scolaire, des familles désemparées par une jeunesse parfois difficile à gérer. Les correspondants, de par le climat de confiance qu’ils ont su instaurer, sont des relais entre des problématiques nocturnes de la cité et les institutions spécialisées, partenaires. Hélas, étant donné la situation actuelle, il va sans dire que leur tâche est considérable même si, comme à Blois, l’atmosphère générale est plutôt satisfaisante puisque, hormis une petite minorité de sujets pénibles, l’ensemble des habitants de la ZUP cohabite paisiblement.


La situation a effectivement beaucoup évolué comparativement à l’état de crise qui sévissait il y a quelques années encore. Cette évolution positive est naturellement le résultat du travail aussi effectué sur l’urbain (Le « PRU ») mais, selon l’expérience de Monsieur MIRQ, il demeure encore une œuvre substantielle à accomplir sur « l’humain », amélioration qui ne pourra se réaliser qu’en partenariat avec les acteurs concernés et les institutions sur des bases organisées et avec une volonté commune.

La volonté existe, les partenaires aussi. Le lien est à faire.


Globalement Monsieur MIRQ s’avoue satisfait des effectifs de nuit dont il dispose mais avoue être un peu « juste » sur les présences en journée propices à effectuer des échanges avec les partenaires ou avec d’autres correspondants.

L’intervention sociale n’étant point une science exacte, il est essentiel de se concerter et d’approfondir sa formation, les échanges de pratiques comme celle relative à l’assistance adéquate à apporter dans certains cas complexes (tentatives de suicide, comportements sous l’emprise de substances addictives…)

D’ailleurs, dans les préconisations des Politiques de la Ville, il est fait état de l’importance des échanges de pratiques entre partenaires comme les médiateurs sociaux.


A travers ces quelques lignes, humble hommage que je tenais à rendre à des personnes admirables qui travaillent de nuit, dans le froid, le vent, la pluie, la chaleur parfois étouffante aussi, tandis que nous dormons paisiblement car ils sont là, dans l’obscurité, pour veiller sur notre tranquillité, on comprendra bien combien ces correspondants de nuit sont devenus indispensables à notre société. Si nous pouvons admettre aisément cette réalité, en retour, nous pourrions aussi leur faciliter la tâche en leur accordant notre soutien. En conséquence, désormais, si nous souhaitons être considérés comme des citoyens respectables à part entière, lorsque nous sommes témoins d’actes délictueux et que nous en connaissons les coupables, n’appliquons plus cette stupide loi du silence. Les responsables imposent la terreur, menacent de représailles mais ce ne sont que des paroles qui ne sont jamais suivies d’agissements concrets et qui le seront d’autant moins que les délinquants seront arrêtés et jugés.


En conclusion, je tiens tout particulièrement à remercier Monsieur MIRQ pour ses inestimables informations et le plaisir de notre rencontre, Monsieur TCHIKAMBOU pour son accueil chaleureux et son action auprès de la Mairie et Monsieur ROBALO pour son amitié sincère.

 

 


Source clichés : Quartiers Proximité

 

Publié dans QUOTIDIEN

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