Blois, autrement : Episode 31

Publié le par VERONIQUE COULIBALY

05.08.09 0902

 

Naguère vivait ici une foule de vagabonds et de miséreux. On y parvenait par des ruelles vilaines et tortueuses, sombres et terrifiantes à souhait. Le petit escalier qui menait à ce repaire, par ses murs crasseux, ses voûtes tellement basses qu’elles contraignaient la plupart à se courber, ses odeurs infectes et son obscurité permanente, était le passage incontournable qui symbolisait cette réelle descente aux enfers. Là survivaient, au jour le jour, car l’avenir ne se dessinait point en ces lieux maudits, des gens sans foi ni loi, des mendiants de profession, véritables acteurs qui, dès les premières lueurs de l’aube, revêtaient les costumes les plus variés de la tragédie humaine. Il y avait les malingreux, les piètres, les millards, les orphelins et autres prostituées. Tous se nourrissaient du fruit de leurs exactions, dans la paresse et coupables de toutes sortes de vices et de crimes. Le jour, au-dehors, ce n’étaient que des ombres accablées par l’âge, les blessures, les maladies et la faim mais, la nuit venue, dans cette puanteur écoeurante, entassés les uns sur les autres,  les rires remplaçaient les larmes, la tristesse se métamorphosait en joie et le désespoir en espérance. Le miracle de la cour qui, au seuil de son monde, comme par enchantement, offrait à tout un peuple une raison de croire, qu’en dépit de sa misère, de ses faiblesses et de ses craintes, qu’il était riche, puissant et redouté, en le noyant dans les plus immondes excès de la débauche.

Il y a longtemps qu’ils ont quitté l’endroit car leur mauvaise réputation nuisait fortement à l’image léchée que l’on se faisait d’une ville respectable. Néanmoins, il ne faut pas oublier qu’avant de devenir des truands et des délinquants, ces individus étaient d’abord des victimes de la pauvreté, infortunés des villes ou déracinés des campagnes qui ne trouvaient pas d’emploi. Aujourd’hui encore bon nombre des déshérités de notre société moderne pourraient loger en cette cour. Toutefois, compte tenu de l’évolution des mœurs et surtout de la bonne moralité de la majorité d’entre eux, nous ne les croiserons plus en cet espace car, contrairement à leurs prédécesseurs, la vie les a convaincus que, même ici, les miracles n’existent pas.

Le monde avance, avec son lot de progrès, ses changements de régimes, un ordre nouveau et un système qui se veut mieux adapté et plus équitable, mais, quoi qu’il fasse, il traînera toujours son contingent d’oubliés, de démunis et de marginaux. La différence actuelle réside simplement dans le fait qu’ils ne sont plus abandonnés dans une cour pitoyable qui dégradait l’harmonie idéale des quartiers centraux, mais bien cachés du regard des touristes, au sein de tours inhumaines élevées dans des zones réservées. Le concept contemporain de la cour des miracles d’antan. Seul le nom a changé… mais pas la réalité !

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