Blois, autrement : Episode 33

Publié le par VERONIQUE COULIBALY

 

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Résidente de la ZUP, pour moi comme pour bon nombre de mes voisins, il existe à Blois des quartiers qui émerveillent et font rêver. Bien que le visage de notre zone ait été considérablement remodelé depuis quelques années, il ne faut pas se leurrer, nous ne pourrons jamais rivaliser avec le faste unique de ces espaces privilégiés. Les Grouëts.

Des gros pavillons cossus aux jardins bien arrangés, des magnifiques villas à l’architecture raffinée et aux splendides parcs paysagés, des superbes demeures anciennes admirablement entretenues ou magistralement restaurées, le château de la Vicomté lové dans un écrin de verdure, et partout cette nature luxuriante qui s’épanouit de part et d’autre de petites routes sinueuses à souhait ou de chemins charmants semblant s’évanouir dans la douceur d’une clairière.

Les effluves pénétrantes émanant des prairies dans la fraîcheur du matin, les senteurs boisées d’une orée ombragée, les parfums enivrants des milliers de fleurs se prélassant dans les massifs charnus. Les couleurs éclatantes de leurs têtes coiffées dansant dans le souffle léger, les teintes chatoyantes des arbustes rivalisant de beauté aux côtés de l’épaisse couronne des grands arbres séculaires.

On se croirait perdu loin dans la campagne tant les bruits assourdissants de la ville se sont évaporés pour laisser place aux seuls chants des oiseaux. On s’imaginerait presque projeté en d’autres âges tant la quiétude des lieux a merveilleusement remplacé le stress et l’insécurité qui règnent au sein de l’univers citadin. Ici point de pollution, de murs enlaidis par des tags dégradants, de tapages incongrus violant la tranquillité d’autrui, d’accrochages verbaux se développant toujours jusqu’aux extrêmes limites de la rixe, de rires indécents brisant le calme de la nuit, d’automobiles bricolées avec les moyens du bord et parfois décorées de façon grotesque. Seulement des individus aisés, s’aérant l’esprit en jardinant ou en jouant au tennis le dimanche matin avec des amis aussi bien parvenus professionnellement. Des hommes et des femmes dont la réussite sociale s’affiche dans la qualité de leur tenue vestimentaire, la cylindrée de leur véhicule haut de gamme, l’apparat de leur logis… et le vieillissement de leur population.

Nous ne pouvons certes pas prétendre à une semblable aisance financière ; nous ne fréquenterons sans doute jamais les mêmes adresses de vacances ou des clubs de loisirs identiques ; nos enfants ne seront point inscrits dans des établissements privés similaires et ne bénéficieront pas non plus d’entrées favorisées et du soutien notoire de relations bien placées.

Faute au destin, malédiction héréditaire, valeurs différentes, notre quotidien mutuel est sans doute un peu de tout cela mais demeure la réalité : là où nous galérons pour finir les fins de mois, nos voisins des secteurs fortunés se battent pour la survie de leur classe voire de leur école. Au-delà de leur monde bien propre et rangé, sans éclat superflu, survivant d’une autre époque, quand ils ont planifié le moindre détail de leur avenir, auraient-ils omis de prévoir des enfants ?

Même s’il y contribue, l’argent ne fait forcément le bonheur et je serais tenter d’ajouter que les enfants sont, à mon humble gré, un plus beau symbole de triomphe sur la vie qu’un compte en banque bien fourni. Nos structures scolaires  surchargées sont notre prospérité, ne vous en déplaise, et surtout notre avenir.

A chacun son combat…

 

 

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Chapapillo, 03/06/2010 12:20



Il n'y a pas  que des gens nantis aux Grouëts. Je ne suis pas Bélsoise d'origine et mon fils est scolarisé là-bas, alors que je n'y vis pas. Pas de doute dans cette école, il y a des enfants
dont les parents ne roulent pas sur l'or et riches de leur gentilesse et non pas d'argent ! Il y a de tout au Grouëts et surtout une nature généreuse ! Un peu sauvage par endroit... Mais, pas de
tout à l'égout partout, pas de connection internet au bout du chemin, les routes sont défoncées et les trottoirs rares !


Je crois que l'on peut habiter la ZUP, prendre le bus et aller se promener dans les Grouëts commes dans un village et puis partir en forêt. Du moins, je veux croire en un décloisonnement possible
des quartiers. Rêvons !