Cinéma : "La Reine des Pommes" de Valérie Donzelli

Publié le par VERONIQUE COULIBALY

 

 

 

 

 

 

 

 

Proposé à la projection dès le jeudi 17 juin 2010 à 18h au cinéma Les Lobis, "La Reine des Pommes" est un film français de et avec Valérie Donzelli sorti en 2009 (1h24).

Ce film est présenté par Ciné Fil et est programmé en écho à la Fête de la Musique.

De nombreuses séances sont prévues

Tarifs : 5.20€ - 6.20€ - 8.20€

Pour tous renseignements s'adresser au 02.54.55.06.87

Croisée chez Sandrine Veysset (Martha... Martha) ou Anne Fontaine (Entre ses mains), Valérie Donzelli, brune singulière, était jusqu'à présent une actrice attachante. En réalisant La Reine des pommes, son premier long métrage, elle devient une réalisatrice piquante. Le film est plutôt du côté de la chanson de Lio que du roman policier de Chester Himes. Il est court, élégant, hilarant, vif, original. Sur le sempiternel tapis de l'amour malheureux, il rebat les clichés comme des cartes. Quelque part du côté de Rohmer, Demy, Vecchiali, et en même temps ailleurs, dans une sorte de drôlerie enchantée, de burlesque des sentiments.

Adèle (Valérie Donzelli), coeur d'artichaut, vient d'être quittée par Mathieu. La trentenaire est à terre, pense à se supprimer. Sa mère n'en veut pas, elle atterrit chez sa cousine Rachel, une vieille fille excentrique et obsessionnelle, qui lui conseille de multiplier les aventures pour se soigner. Aussitôt dit, aussitôt fait.

Adèle les enchaîne, avec Pierre, Paul, Jacques. Petite astuce : les personnages se nomment Pierre, Paul et Jacques. Petite astuce au carré : les trois personnages (les quatre, si l'on compte l'amant originel) sont interprétés par le même acteur (Jérémie Elkaïm). Pierre, un étudiant propre sur lui et serviable, lui fait une cour discrète, assidue, romantique. Elle l'encourage platoniquement. Paul est un jeune branché dont le mystère soigneusement entretenu cache un pervers impuissant. Adèle souffre beaucoup avec lui, et se voit contrainte, au nom de l'amour, à de cuisantes humiliations dans les lieux publics, et à pire encore dans les alcôves. Jacques est un père de famille rencontré au cours d'un baby-sitting, bourgeois ringard qui connaît un retour de flamme dont les assiduités clandestines fatiguent Adèle. On se permettra, au nom de tous les Jacques, de protester vigoureusement contre la cruelle caractérisation de ce personnage ridicule et libidineux.

Tout cela, évidemment, n'est pas fait pour arranger les affaires d'Adèle, qui doit en plus se farcir sa cousine transformée en méduse par l'enflure intempestive d'un oeil. Une heureuse résolution interviendra néanmoins, après que le spectateur aura apprécié à sa juste valeur la réunion de Pierre, Paul, Jacques dans une situation digne de Feydeau, un voyage salvateur aux Etats-Unis, un petit film super-8 émouvant en guise de psychanalyse sauvage, et quelques chansons délicieusement acidulées, composées et chantées par Mlle Donzelli. Un film plein de grâce, pour Pierre, Paul, Jacques, et tous les autres.

Critique de Jacques Mandelbaum parue dans "Le Monde" - 23.02.2010


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