La 20° édition du Prix Emmanuel-Roblès

Publié le par VERONIQUE COULIBALY

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Vendredi 04 juin 2010, à 15 heures, en l'Hémicycle de la Halle aux Grains, étaient fêtés les 20 ans du Roblès. Pour l'occasion, mais l'on serait tenté de dire comme à l'accoutumé, la manifestation réunissait quelques illustres personnages, des belles plumes, des références en la matière. En effet, la cérémonie était placée sous la présidence de Madame Edmonde Charles-Roux, esprit vif et éclairé, mémoire vibrante d'une autre époque, loin de l'image terne et décomposée d'une femme qui affiche tout de même 90 printemps. Monsieur Jack Lang, visiblement adepte du "Blois est toujours Blois" énoncé par Mme Charles-Roux, peut-être un peu nostalgique de ses heures vécues aux commandes de notre ville, comme chaque année, honorait le public de son agréable présence.

 

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C'est à Monsieur Christophe Degruelle, délicieusement intarissable, que revint le privilège d’effectuer l’ouverture de cette remise de prix en rendant les hommages légitimes et incontournables aux personnalités qui avaient accepté de participer au rendez-vous puis en faisant l’éloge du rôle essentiel du livre, de l’écriture et de la lecture. D’emblée le préambule, plaisant, car livré en toute décontraction comme sait si bien le faire Monsieur Degruelle, annonçait un moment appréciable et divertissant, à la fois, pour les quelques 600 spectateurs confortablement installés dans la salle.

 

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Suite à l’introduction savoureuse de Mr Degruelle, la parole a été cédée à Mr Philippe Lefait, journaliste et animateur spécialisé dans le culturel, dont le professionnalisme et les talents ne sont plus à prouver.


Dans un premier temps, Mr Lefait a animé un débat sur le thème « A quoi servent les prix littéraires » avec le concours de Mr Didier Decoin, autre habitué de la célébration, Prix Goncourt 1977 pour « John l’enfer », de Mr Bernard Chambaz, lauréat en 1993 du Prix Goncourt du premier roman et du 1537, ancêtre du Roblès, pour « L’arbre de vies » et de Mme Carole Martinez, gagnante du Roblès en 2007 pour « Le cœur cousu ». C’est sur un ton léger, tout en délivrant quelques bonnes vérités, qu’autour du journaliste de France 2, les trois auteurs ont débattu de l’utilité des prix littéraires, de l’impact de ceux qu’ils ont reçus sur leur quotidien ainsi que du besoin de reconnaissance qu’ils attendent ou non des professionnels à chacune des parutions de leurs nouvelles œuvres. Chacun en a profité pour livrer quelques anecdotes sympathiques liées à leur existence d’auteurs, ponctuant ainsi les échanges d’aveux chargés d’humilité et de simplicité, renvoyant par la même une image naturelle de leur condition, loin des clichés maniérés des intellectuels dédaigneux qui se positionnent en des hautes sphères inaccessibles.

 

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Dans un second temps, Mr Lefait a été chargé de présenter dans le détail les 5 auteurs retenus dans la sélection 2010 du Prix Emmanuel-Roblès. Pour ce, Mr Laurent Binet pour « HHhH », Madame Adélaïde de Clermont-Tonnerre pour « Fourrure », Mr Vincent Message pour « Les Veilleurs », Mademoiselle Estelle Nollet pour « On ne boit pas les rats-kangourous » se sont installés autour d’un comptoir afin de se prêter à un jeu de la vérité orchestré par Philippe Lefait, certes avec dextérité, mais largement complaisant, compte tenu de la tension palpable chez tous les nominés. Mme Elisabeth Filhol, auteur de « La Centrale », excusée pour timidité ainsi que par choix de se positionner en retrait par rapport à son œuvre, était représentée par son éditeur P.O.L. A tour de rôle et dans une ambiance de plus en plus détenue au fur et à mesure que l’épreuve avançait dans le temps, les auteurs se sont exprimés sur le choix de leur thème, les conditions dans lesquelles ils ont rédigé leur roman, leur cheminement allant de la conception à la réalisation puis leur parcours pour être publiés. En une ultime étape, ils se sont adonnés à la lecture publique d’un passage qu’ils avaient eux-mêmes choisi dans leur ouvrage.

 

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De ce débat, il est notable de retenir que Mr Laurent Binet, professeur de lettres, s’est considérablement investi dans des recherches abondantes afin de rédiger le roman à caractère historique pour lequel il était cité, qu’au-delà de l’Histoire il a su bâtir une véritable intrigue haletante et chargée d’émotions dont la rédaction lui a demandé près de 10 années. Tout comme Mr Vincent Message qui s’est octroyé un laps de temps identique afin de peaufiner une création alambiquée qui nécessite un double décryptage. Par ailleurs, Mme Adélaïde de Clermont-Tonnerre, plus habituée à rédiger des articles dans « Point de Vue », mais pas vraiment débutante non plus puisqu’elle aurait déjà effectué plusieurs essais avant de concrétiser sa première édition, présentait « Fourrure » sur le même ton romanesque et insolent, ne réfutant nullement les références dont il est truffé, assumant pleinement les coups pieds dédiés à la bourgeoisie mais refusant de prendre connaissance des critiques désobligeantes à l’égard de son livre. Enfin, Melle Estelle Nollet, née en République Centrafricaine, baroudeuse de nature via une carrière dans la publicité qui l’a conduite de l’Australie au Mexique, pour se  reconvertir ensuite dans la plongée sous-marine, faisait un peu figure d’extra-terrestre. En effet, au prime abord, on la sent dynamique, sportive, aventurière, multipliant les activités afin de satisfaire un appétit insatiable mais en écoutant attentivement ses propos, on découvre très vite que derrière les apparences énergiques de la frêle jeune femme se cache la plume audacieuse et subtile d’un vrai génie, celui se rapprochant au plus près des grands auteurs nord-américains, de la trempe d’un Jack Kerouac, d’un Tennessee Williams et autre Steinbeck. Quant à Mme Elisabeth Filhol, volontairement effacée derrière son œuvre, son éditeur a su justement défendre son premier roman bâti sans fioritures mais arqué autour d’une réalité crue voire cruelle autour de laquelle la mort plane discrètement.

 

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Après cet enrichissant tour de table, c’est à Baptiste, élève en 2nde année à l’ENIVL, l’Ecole Nationale d’Ingénieurs du Val de Loire, et par ailleurs, Président de Roblès 2010, représentant d’un comité d’étudiants ayant 20 ans cette année, mais également émissaire de l’ensemble des comités soit 600 lecteurs, que revient le privilège d’annoncer, après la lecture d’un bref passage, le vainqueur de cette édition, à savoir Melle Estelle Nollet pour son valeureux « On ne boit pas les rats-kangourous ». Quelque peu intimidé par son rôle, le jeune homme, sous le regard de Mme Edmonde Charles-Roux, de Mr Jack Lang, de Mr Christophe Degruelle et de Mr Didier Decoin, s’est parfaitement acquitté de sa tâche. De son propre aveu, c’est intensément émue que Melle Nollet a reçu son prix, réservant au public présent des remerciements simples mais sincères. Suite à l’attribution de cette distinction, ce fut le Prix Goncourt du premier roman qui fut décerné par Mr Didier Decoin à Mr Laurent Binet pour « HHhH », généreusement applaudi par le public. Après s’être brièvement exprimé sur sa victoire, Mr Binet eut l’heureuse surprise de bénéficier d’un avantageux hommage rendu par Mme Edmonde Charles-Roux qui s’exprima longuement et toujours avec autant de compétences sur la période décrite au sein de l’œuvre de Mr Binet, ouvrage qui, de toute évidence, lui tenait particulièrement à cœur. Ce fut ensuite au tour de Mr Jack Lang d’adresser quelques propos chaleureux à l’encontre tant des nouveaux talents qu’à destination de la ville dont il a été le maire de 1989 à 2000.

 

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La cérémonie du Roblès 2010 s’est naturellement achevée sur la traditionnelle photo de famille réunissant responsables, invités, nominés et lauréats.

 

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Pour les passionnés de lecture et d’écriture, ce fut bien évidemment un moment privilégié, de ceux que l’on ne partage que trop rarement au cours d’une même année. Deux heures de pur bonheur au cours desquelles la passion, les rêves, les obstacles sont offerts comme autant d’hommages à ce public sans lequel l’écrivain perd la majeure partie de sa raison d’exister, même si l’écrivain Cyril Connolly a dit : « Mieux vaut écrire pour soi et ne pas avoir de public plutôt que d’avoir un public et ne plus être soi-même. »

 

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Deux heures délicieuses au sein d’un hémicycle dont les âmes vibraient en osmose au rythme des mots, savourant avec gourmandise les rencontres exquises, les mains généreuses de Mr Jack Lang, de Mr Degruelle et de Mr Gricourt qui se tendaient à tous avec une simplicité et une disponibilité admirable en dépit de la foule qui se pressait, de la chaleur parfois étouffante de cette chaude après-midi.

 

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Deux heures qui font survivre l’espoir que les amoureux des belles lettres, l’imagination des auteurs, la fertilité du verbe en l’esprit de créateurs inspirés ne sont point des reliques rangées dans les rayons poussiéreux du passé. Pour toutes ces joies il est indispensable de rendre hommage à tous ceux qui se sont investis pour que de tels événements puissent se concrétiser aujourd’hui et persister demain. J’accorderai juste en guise de conclusion une sincère pensée et toute mon admiration à Mme Christelle Quercy qui, en dépit d’une actualité surchargée engendrée par la charge de ses responsabilités, a su m’offrir quelques instants de son précieux temps et ce avec un large sourire.

 

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Publié dans SORTIES A BLOIS

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