Les Jardins Familiaux

Publié le par VERONIQUE COULIBALY


Quel habitué des logements collectifs, enraciné dans le béton de son agglomération depuis sa plus tendre enfance, n’a jamais rêvé d’une infime parcelle de terre pour y cultiver ses petits légumes ? Quel exilé des campagnes, loin des grands champs d’une autre vie, n’aspire pas à retrouver un lopin où redessiner son jardin de naguère ? Beaucoup de citadins se rêvent jardiniers, il n’y a qu’à admirer la beauté de certains balcons pour se rendre compte combien cette activité est l’une des plus prisées. Toutefois il demeure les privilégiés qui disposent d’une maison bâtie sur un terrain plus ou moins spacieux et les autres. Les résidents urbains sont peu nombreux à pouvoir bénéficier d’un tel privilège. L’ère moderne a favorisé la construction d’habitations communautaires s’épanouissant vers le ciel et non sur la terre.

 


Heureusement sont apparus à la fin du XIX° siècle les jardins ouvriers sous l’influence de l’abbé Jules Lemire, député-maire pendant plus de 35 ans. Ce dernier fonde en 1896 la Ligue française du coin de terre et du foyer, dans le but d’améliorer la condition des familles ouvrières. La démarche de l’abbé Lemire s’inscrivait dans une volonté de fournir aux ouvriers un moyen d’échapper à leur logis miséreux tout en évitant la fréquentation des débits de boissons. Les jardins ouvriers étaient un moyen pour favoriser les activités familiales tout en procurant une autosubsistance alimentaire.

Toutefois, en 1904, on ne compte que 48 jardins ouvriers en région parisienne pour 3.5 millions d’habitants mais, grâce à la Société des jardins ouvriers de Paris et banlieue, en 1913, on parvient à un total de 1515. Les deux guerres mondiales ont, par ailleurs, incité à la mise en potagers de nombreuses parcelles disponibles, ce qui provoque l’expansion du phénomène qui atteint les 250 000 après le 2nd conflit.

A partir de 1952, c’est l’appellation « jardins familiaux » qui est retenue et ceux-ci sont désormais gérés par des associations loi de 1901.

En octobre 2003, une proposition de loi relative aux jardins familiaux a suscité le ravissement des sénateurs mais n’a pas abouti. De ce débat, je retiendrai la remarque de Jean-Pierre Sueur, sénateur PS du Loiret : « Voyant dans ces jardins collectifs, l’antidote au mal des villes ».

Au-delà de toute spéculation politique, les jardins familiaux sont effectivement un remède à la douleur citadine, l’absence de monde vivant. Quelles que soient leurs origines sociales, géographiques ou culturelles, les êtres ont besoin d’espaces verts, de forêts, de campagnes et les jardins familiaux sont une parade à ce manque évident lorsque l’on est enraciné dans le béton et l’asphalte. Même s’ils sont souvent mal positionnés au sein des agglomérations, convoités par les promoteurs immobiliers avides d’étendre leurs parcs de construction, ils demeurent essentiels à une multitude et il n’y a qu’à observer la demande croissante pour s’apercevoir de leur nécessité absolue. Une bulle d’air pur dans un nuage de pollution, un carré de fertilité au milieu d’un sol stérile, une évasion intense dans un monde stressé par les obligations. Retrouver simplement le geste auguste de nos ancêtres, la fierté de récolter quelques légumes, la joie d’admirer de belles fleurs comme celles exposées dans les catalogues, le bonheur de s’asseoir autour d’une table, en famille, entre amis sous l’arbre que l’on a planté. Les vertus des jardins familiaux ne sont plus à prouver, ne demeure qu’un souhait : que leur nombre s’accroisse, pour la chance de tous ceux qui attendent leur tour.

 

 

 


Clichés Véronique Coulibaly

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